Allez, allez, réfléchissez. Le temps, qu’est-ce que c’est ?
Savez-vous que pour les Grecs, c’était Chronos (Saturne pour les latins) un mythe passionnant. Pour eux, le temps était « le grand dévorateur » (voir tableau de Goya Saturne dévorant ses enfants). En effet le mot lui-même « temps » vient d’une racine grecque TEMNO (de la même famille que « atome » : qu’on ne peut pas couper) Si, si… !
Prendre son temps, c’est faire une coupure avec le temps des autres. Chacun vit dans sa sphère temporelle, puisque le temps est double pour chacun d’entre nous : il y a le temps dit objectif, celui des scientifiques, mesurable, celui de l’horloge, de la montre, de la science, des heures, des jours, des nuits !

Mais chacun sait au fond de lui que le temps est ce que l’on en fait : car il y a aussi toute la façon de le vivre ! Car le temps est la traduction d’un état de l’âme d’abord : voir Montaigne dans les Essais, un texte très célèbre sur sa propre façon d’appréhender le temps alors même que son époque était celle des guerres, de la peste, bien plus grave que la nôtre qui gémit sur les malheurs de notre civilisation occidentale… de gens plutôt bien « gâtés ».
Eh oui, le temps est donc aussi subjectif et s’apprivoise… On le sait bien : il y a des moments inoubliables souvent trop courts avec celui qu’on aime et des moments interminables avec celui que l’on n’aime pas ! Preuve que le temps peut être savouré parce qu’il est affaire de cœur et d’imaginaire.

Revenons donc au « slow ». Pas celui des « Plaisirs démodés » de C. Aznavour et de « L’été indien » de notre Joe Dassin qui nous ont, un jour lointain, fait chavirer dans nos belles nuits d'été avec un bel inconnu bronzé (inoubliables ces slows d’autrefois).

Non, soyons sérieux.
Dans un ouvrage paru en 1983, J.L. Servan-Schreiber évoquait « L’art du temps » pour nous alerter sur les dangers de notre façon de gérer notre temps. Il revient sur le sujet avec « Trop vite »* paru en Mai 2010 (dénonciation du « court termisme »,de l’urgence, de la vitesse, de ce qu’il appelle la société à courte vue).
Nous vivons en plein paradoxe : une société qui prône le développement durable mais à toute vitesse. Cherchez l’erreur !

Mais le slow est l’avenir. On parle en Italie du slow food, des slow cities, de slow travail, de slow life, de slow sex...
Faisons donc des pauses sans culpabilité, des coupures, dans le torrent imaginaire de la vie. Chacun est le skipper de son propre voilier, il faut donc être à l’écoute (autre terme marin) pour prendre le bon vent et éviter les naufrages du temps : Suave mari magno. Je vous expliquerai cette citation de Lucrèce la prochaine fois. Il est l’héritier du grand Epicure : en voilà un qui avait tout compris !

Mais prenez votre temps, ce sera pour la prochaine fois.